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La Fayette : l'arbre qui cache la forêt

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Cent mille combattants français, plus de quatre mille tués, huit mille blessés, probablement dix mille morts de maladie ou de leurs blessures : qui connaît aujourd'hui ce lourd bilan de la contribution française à l'indépendance des États-Unis ? Quand on évoque le sujet, une image d'Epinal vient de suite à l'esprit : La Fayette. C'est d'ailleurs de lui que les Américains ont fait l'un des six seuls citoyens d'honneur des États-Unis.

young_Lafayette-1Il faut dire que, d'une part, cet officier volontaire a apporté une contribution marquante à la petite armée de George Washington, qu'il a durant toute sa longue vie proclamé son amour pour cette autre patrie, mais surtout avec cet art de la communication et ce charisme qu'il avait en commun avec son presque contemporain Bonaparte, il a su prendre les initiatives et laisser les traces écrites propres à lui créer cette remarquable image. Lorsque, seul général survivant de l'armée des " insurgents ", il est revenu aux États-Unis en 1824, il se vit réserver un accueil triomphal tout au long d'un périple qui dura presque un an et dont tant de villes américaines portent la trace, soit dans leur nom (38) soit dans celui d'une rue, d'un monument, voire comme à Paris d'un magasin.

Chaque année, les Fils de la Révolution Américaine organisent le 4 juillet sur sa tombe au cimetière de Picpus à Paris, en présence de l'ambassadeur des États-Unis et des hautes autorités civiles et militaires, une cérémonie de renouvellement du drapeau américain qui n'a cessé de flotter sur sa tombe depuis plus d'un siècle.

Or, si l'on regarde ce que fut le rôle réel de cet homme exceptionnel dans l'entrée en guerre et la contribution de son pays à la guerre d'indépendance, l'historien constate qu'il fut bien modeste.

Son enthousiasme bien sincère pour les idées nouvelles fut suscité et encadré par le comte de Broglie et ses services. Le secret de son départ ne fut qu'apparent. Un autre collaborateur français éminent de Washington avait été missionné avant lui : du Portail, ingénieur et stratège, qui allait devenir le créateur de l'arme américaine du Génie.

L'expédition de l'armée de Rochambeau outre Atlantique avec armes et équipements (six mille hommes, quarante navires, une artillerie lourde, etc) a représenté une exceptionnelle projection de force, complétée l'année suivante par une seconde armée amenée des Antilles par le comte de Grasse, dont la force navale de 35 vaisseaux allait contribuer à la victoire décisive de Yorktown. Cette initiative du gouvernement français avait été difficile non seulement à faire tolérer par l'allié espagnol, mais aussi à faire accepter par un Congrès et un ambassadeur (Franklin) initialement fort réticents.

Il est important de comprendre que l'intervention décisive de la France répondait à une politique mûrement réfléchie et qu'elle fut loin de se limiter à ce qui se passa sur le continent nord américain.

Vergennes-1Le comte de Vergennes, ministre des affaires Etrangères, conçoit en 1776 et fait adopter l'alliance franco-américaine.

Le ministre Vergennes crut trouver dans la révolte de 1776 l'occasion de rétablir l'équilibre des puissances en Europe, en restaurant la liberté des mers confisquée par l'Angleterre après la conclusion désastreuse de la guerre de Sept ans (1763). Le sage Vergennes et son jeune roi surent acheter l'alliance de l'Espagne et obtenir la neutralité des autres grands états. Louis XVI et son ministre de la marine reconstituèrent une flotte capable, avec le concours des escadres espagnoles, de se confronter victorieusement à la British Navy.

C'est devant ces forces considérables qui l'affrontaient sur toutes les mers du globe que l'Angleterre fut contrainte d'accorder l'indépendance à ses colonies révoltées. La capture de la plupart de ses îles à sucre des Antilles, celle de Minorque en Méditerranée, le siège mis devant Gibraltar, les menaces sur ses possessions en Inde et même sur ses propres côtes (65 vaisseaux, 400 navires de transport, 40.000 hommes massés en Normandie et en Bretagne à l'été 1779) obligèrent ce petit peuple entreprenant, obstiné mais réaliste de 8 millions d'habitants, à lâcher prise.

C'est l'ensemble de la puissante nation française de 28 millions d'habitants, venue au secours des hommes qui se battaient pour faire respecter leurs droits et obtenir leur liberté, dont il convient d'associer le souvenir à cet événement si important de l'histoire du monde que fut la création par deux millions de colons d'une nouvelle nation promise à un si bel avenir.

En cette année du 250ème anniversaire de la naissance de La Fayette, célébrons le comme un héros porteur de qualités où beaucoup de Français veulent se reconnaître. Mais sachons aussi associer à ce souvenir celui de tout un peuple engagé dans ce juste combat par la décision d'un jeune prince de 24 ans qui devait connaître quinze ans plus tard un destin funeste.

Jacques de Trentinian

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